An Imperious Desire of Space

Du 19 avril au 3 mai 2015

Avec Philippe Decrauzat, David Malek, Sylvain Rousseau et Blair Thurman, à Palette Terre.

[English version]

Un désir impérieux d’espace.
Un désir autoritaire de place. De rien, d’air, de vide.
Un désir qui s’impose et auquel il faut obéir : “il y a dans la conscience humaine un impérieux désir d’espace et la volonté de s’échapper du globe terrestre[1]”.

El Lissitzky, collage pour "Six Tales with Easy Endings" de Ilya Ehrenburg (Илья Эренбург «Шесть повестей о легких концах»), 1922

El Lissitzky, collage pour « Six Tales with Easy Endings » de Ilya Ehrenburg, 1922. (Илья Эренбург «Шесть повестей о легких концах»)

L’espace dont parle Malévitch est peut-être l’espace pictural. Débarrassé sous son pinceau de la gravité, les formes abstraites vivent désormais libres, en apesanteur, dans un espace blanc et immatériel. Un espace évoquant alors aussi bien la possibilité de nouvelles dimensions spatiales à explorer comme la quatrième dimension (pensée alors comme un lieu bien réel mais invisible aux yeux, et dont on ne percevrait que des ombres ou des fragments, comme sous l’effet d’un battement lumineux), qu’un espace de création, infini, plus proche du spirituel et du métaphysique.

Une dimension intangible aujourd’hui et pourtant bien réelle est celle du net et du virtuel :  lieu de l’organisation rhizomatique, du numérique, et des formules mathématiques qui s’incarnent dans des formes multiples et variées.

Si un scanner transforme une image, un objet, en donnée numérique, il devient point d’accès, porte ouverte à ce monde virtuel où l’image devient modifiable, mobile et multipliable à souhait, une image en théorie, sans limites.

Mais ce désir impérieux d’espace peut être compris, sûrement d’ailleurs à plus juste titre, comme une quête de l’essence des choses, une fois que l’enveloppe tangible, matérielle, est évacuée : une “sensibilité picturale immatérielle” dont “le peintre de l’espace” nous invite à nous imprégner.

Ou alors, dans ce contexte du début du XXe siècle, lorsque l’on dessine les premiers engins qui décolleront de la stratosphère, on peut interpréter cette citation comme la première fois où l’homme prend conscience que la conquête spatiale deviendra quelque chose de réalisable dans les années à venir. Et ce fantasme qui alimentait déjà toute une bibliographie de récits, de romans, engendre toute une imagerie qu’on connaît sous le nom de science-fiction.

Enfin, cette aspiration d’un au-delà, cette envie de quitter la Terre, peut être lue aujourd’hui comme le désir de s’échapper, d’épouser la vitesse pour se sentir libre, loin, bien loin de toute contrainte, et, paradoxalement, à même le sol : “Le développement de la puissance et la poursuite de la vitesse, c’est ce qui réduit les distances et vous emmène vers ce que vous ne connaissez pas[2].”

[1] Malévitch dans Gerry Souter, Journey to Infinity, ed. Parkstone Press International, 2008, 255p.
[2] Olivier Mosset dans Aux Anges, ed. Presses du Réel, Dijon, 2010, 64p.

 

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Un commentaire

  1. Mo

    Pensées écolières!? ou réelle volonté de pousser l’infini de sin « contexte »?

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