How to Paint

Exposition du 13 septembre au 2 novembre 2014.
Galerie Super Dakota, Bruxelles.

 

Le titre est présomptueux.
« How to Paint », comme une leçon que l’on s’apprêterait à donner à quelqu’un qui ne sait pas peindre ou qui ne le fait pas correctement, alors que peindre, ce n’est peut-être pas si difficile à faire ou à définir…

Les derniers tableaux de Hugo Pernet, peuvent être décrits assez sobrement : quelques touches de peinture aux couleurs sourdes appliquées sur une portion de la toile.
Intituler une peinture Peinture, ne relève alors ni de la tautologie ni de la redondance, mais d’une simplicité dans la description de l’objet qui ne saurait être plus juste : une peinture, un tableau, c’est tout d’abord de la peinture sur un support.
Si quelques notes suffisent pour composer une mélodie, une chanson, quelques touches colorées, rien de plus, peuvent révéler des possibilités subtiles mais inépuisables en peinture : dans la composition colorée, dans le geste du peintre, dans la lumière changeante qui éclaire la pièce et dans le lieu qu’elle habite (Ryman en témoigne). La peinture alors, même a minima, est peut-être une expérience héraclitienne : on ne baigne jamais ses yeux dans le même tableau.

Peindre, c’est construire une image, dans l’espace, dans le temps.
Découvrir le travail de Svenja Deininger a quelque chose d’archéologique. Tels des sédiments déposés au fur et à mesure des siècles, formant des roches striées de strates colorées, des superpositions de couches de peinture, à épaisseur variable, composent les tableaux de l’artiste. Au premier coup d’œil simples, les œuvres de Deininger se déploient en des images complexes dont la surface laisse entrevoir le récit de leur facture.
Les pièces de Florian Schmidt s’emparant davantage de l’espace, semblent opérer de la même manière. Les bouts de bois se superposent jusqu’à devenir surface colorée, matière peinte, et les châssis s’articulent pour se transformer en sculpture. Peindre, comme les Kappla et autres jeux de construction, peut être un jeu d’assemblage avec des règles précises où ce qui se joue c’est la capacité de l’artiste à créer une composition.

Peindre, c’est éventuellement en partie reléguer, à la nature, à la machine, évidemment aussi au hasard.
Pageant Roll de Jessica Warboys nous montre par intermittence, un ciel bleu, une prairie verte fleurie de jaune, des menhirs qui se déclinent en tonalités de gris et, tels des personnages furtifs faisant irruption de temps à autre, des toiles monochromes étirées sur des châssis. Nés en pleine nature, tout comme leurs contreparties organiques dans le film, les très connus Sea Paintings de Jessica Warboys sont le fruit de différents pigments lancés au bord de la mer par l’artiste puis fixés sur la surface de la toile à l’aide des vagues. C’est peut-être à ces vagues, pinceaux naturels au rythme aquatique, et à la blancheur de leur écume que Stretcher (Canvas) rend hommage.
Marieta Chirulescu, quant à elle, se sert de tout type d’outils permettant aujourd’hui une reproductibilité de l’image, du simple papier carbone, aux imprimantes et scanners, et jusqu’à Photoshop. Chirulescu s’intéresse alors à l’image et à ses limites — quand commence et finit une image lorsque celle-ci est reproductible et modifiable ? Dans Untitled (2012), c’est au contraire l’absence d’image qui devient composition du tableau : au centre de la toile domine la noirceur de l’espace où le scanner n’aura eu de feuille à convertir en données numériques.

Enfin la peinture assume également son statut d’objet consommable et de consommation. Elle est aussi bien nourriture indispensable pour la rétine, pour la pensée, qu’objet de décoration, achetable et vendable.
Charles Mayton, privilégiant souvent dans son travail l’humour et les jeux de mots, nous propose ici de quoi titiller notre appétit d’images avec un Amuse-bouche. L’œil affamé, capable de « manger un cheval », trouvera son compte dans Vache with Salt and Pepper.

 

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