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Camille Tsvetoukhine : Mythes et Archéologie

«  Les traces de quelque chose qui a disparu », voilà sur quoi se base l’archéologie : les restes, les vestiges, les derniers éléments d’une civilisation qui n’est plus. Comme dans tout autre domaine scientifique, parfois les grandes révélations peuvent tenir à un coup de chance.

Camille, seize ans, jeune archéologue en herbe, accompagne une fouille, cet été 2015, dans les Pyrénées-Orientales. Le hasard fait qu’elle tombe sur ce qui s’avère être, plus tard, une dent humaine de 550 000 ans. Découverte majeure : il s’agit de la plus vieille dent en France. Mieux : il pourrait s’agir d’une pièce-clé pour répondre à une question cruciale de l’évolution de l’humanité.

Biométrie mon amour, 2015
Acrylique, gouache, tissu.
120 x 100 cm

Mais la trouvaille ne saurait suffire à fonder une discipline scientifique. La plus importante partie du travail d’un archéologue est celle de replacer les découvertes dans leur contexte d’origine. Le travail de l’archéologue consiste surtout à retracer les événements ayant eu lieu grâce à ces traces du passé, de raconter l’histoire qui sommeille dans ces objets trouvés. L’Histoire, une histoire  » vraie « , puisqu’elle se base sur ces artefacts réels, concrets, d’une autre époque.

Camille (Tsvetoukhine) n’est pas archéologue. Les objets qu’elle produit, les images qu’elle crée, semblent témoigner de civilisations qui pourraient être contemporaines de la nôtre, mais qui existeraient alors dans une réalité parallèle ou dans une autre dimension, et dont l’existence ne nous parviendrait qu’à travers des légendes ou des mythes.

On y retrouve des éléments familiers comme des bannières (comme celles que la culture populaire attribue au monde médiéval, mais aussi comme les bannières sportives américaines d’aujourd’hui, riches en slogans), des Corn Flakes ou encore des boîtes de conserve Del Monte. Les histoires qu’elle nous raconte, à travers ces objets, sont, somme toute, très modernes.
Les pièces que Tsvetoukhine présente, montrent des éléments connus, partie intégrante de notre culture populaire, mais qui dans un autre contexte (un burger en céramique posé sur un tronc d’arbre, servant de pot de terre à un cactus) prennent un tout autre sens. On procède alors comme l’archéologue, et l’on imagine des histoires sur ces autres peuples qui existent ou ont existé, peut-être, ailleurs (dans le temps ou dans l’espace), et qui auraient laissé ces traces (pour nous ?) de leur passage.
La figure d’un burger peut alors devenir un objet de culte ; dans des contrées lointaines, les jeunes filles se paraient peut-être jadis de pop-corn pour rendre hommage au Dieu du maïs Mondamin ; des populations entières préparaient des processions en l’honneur de leur divinité suprême, le Ver Doré ; et le fantôme de Derrida pourrait s’être incarné en petite sculpture en céramique et nous hanter aujourd’hui, à échelle réduite.

Texte écrit en octobre 2015

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