De la productivité de l’artiste. Les œuvres subversives de Martin Le Chevallier

L’artiste qu’il le veuille ou non, produit une valeur marchande, et de ce fait, sa productivité et son activité peuvent être mesurées. Ou pas ?

Lors de cette rentrée 2012, le collectif de jeunes commissaires Cartel de Kunst, interrogeait le temps de travail, en particulier celui de l’artiste, et les difficultés liées à la mesure de ce temps. Après tout, lire un livre, aller voir une exposition ou rêver lors d’un moment de pause, peuvent très bien aboutir à la naissance d’une œuvre.

Martin Le Chevallier, un des douze artistes invités à l’exposition Temps Étrangers apportait une réponse on ne peut plus concrète : 11h 29’ 15’’.

En 2008, Le Chevallier, « un artiste qui veut réussir[1] », fait appel à une société de consulting pour étudier la pertinence de la poursuite de sa carrière artistique. Après une évaluation minutieuse de la productivité de l’artiste et de son insertion dans le marché, l’audit établit un compte-rendu ainsi qu’une stratégie ayant pour but la réussite de l’artiste, dont la lecture constitue l’œuvre L’Audit.

Pour Temps Étrangers, l’artiste échange les rôles : il fournit à Julien Prévieux, l’auteur des Lettres de non-motivation, des time-sheets — outil indispensable du consultant — un stylo quatre couleurs, et lui demande de mesurer avec précision son activité quotidienne répartie sur des tranches horaires de quinze minutes. Les résultats, une fois analysés et commentés par Martin Le Chevallier sont alors exposés sous forme de différents diagrammes et graphiques agrémentés des remarques de l’artiste. La conclusion est sans appel : avec des pics de créativité les lundis et les jeudis, particulièrement autour de 15h — C’est en revanche lors de la digestion de [l’artiste] que se situe l’acmé de l’inspiration —  Julien Prévieux travaille en moyenne onze heures, vingt-neuf minutes et quinze secondes par jour. De quoi faire taire les clichés des artistes fainéants.

En reprenant les outils et le langage d’un marché du travail qui cherche sans cesse à tendre vers une efficacité optimale, Martin Le Chevallier montre avec humour l’artificialité de ce genre de théories face à certaines situations concrètes. Un artiste qui travaille plus, ne gagne pas forcément plus.


[1] Cette expression correspond au « niveau d’ambition » de l’artiste définit par l’audit.

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